Drame en Méditerranée: Sassou à Jean Pierre Elkabach « L’Europe doit prendre la mesure de cette situation grave »

Europe 1 : Pdt Sassou- Nguesso Bonjour et merci d’être avec nous, la tragédie en Méditerranée, vous savez que l’Europe a commencé à s’organiser, et à réagir mais que fait  l’Afrique, que dit l’Afrique ?

DSN : Il s’agit là d’une tragédie près de 1000 africains au fond de la Méditerranée en deux jours, le silence n’est plus possible.  Je proposerai même de contacter le président  en exercice de l’UA. Parce qu’il s’agit là, d’un dossier important, qui intéresse au premier chef, l’Afrique.

JPE : Vous voyez que le phénomène migratoire  avec son cortège de naufrage et de morts va s’amplifier. Est-ce que vous, ça vous touche le matin autant que la plupart d’entre nous, vous  qui êtes africains ?

DSN : Nous africains peut être plus que d’autres. Si le problème de développement en Afrique avait été correctement posé, on pense bien que de milliers d’Africains seraient restés en Afrique pour développer leur continent, vivre en Afrique. Et ils ne seraient pas en Méditerranée pour se retrouver par milliers au fond  de  la mer.

JPE : Plusieurs  centaines de milliers de migrants potentiels, on parle de six  à cinq cent mille qui attendent en Libye des passages à bords des bateaux qui sont des épaves. Est-ce qu’il y a, président Sassou N’guesso, un moyen de retenir en Afrique tant d’Africains qui sont prêts à traverser  la Méditerranée au risque de leur vie ?

DSN : Déjà il faut que la question de la Libye  soit traitée. Le problème  de la Libye doit être sérieusement pris en main. L’Afrique doit prendre sa part de responsabilité. L’Europe et l’Afrique doivent  bien traiter ensemble. Tant que ce problème n’est pas réglé, je ne vois pas comment, les criminels ne pourraient pas toujours continuer à utiliser le territoire libyen  pour faire passer…

JPE : Président Sassou Nguesso, après-demain jeudi, un sommet d’urgence se tiendra,  c’est organisé par les chefs d’État et de gouvernements de l’Europe, ils veulent s’attaquer aux trafiquants qui taxent les candidats au départ,  est-ce qu’ils ont raison de s’attaquer d’abord aux trafiquants et aux passeurs,  que messieurs Hollande et Fabuis appellent « criminels » ?

DSN : Mais moi, je les appelle si « criminels », mais on va s’attaquer aux trafiquants, les trafiquants sont en Libye. Et donc c’est sur le territoire libyen qu’ils devront être traqués, mais on ne doit pas fermer les yeux sur la question libyenne. L’État libyen doit exister. S’il existait avec un fonctionnement normal, je crois que l’on contiendrait ces « criminels ».

JPE : Matéo Renzi, l’italien suggère des actions ciblées contre ce qu’il appelle le racket de la mort, avec les passeurs, qu’est-ce que l’on  peut imaginer comme actions  contre leurs chefs?

DSN : on peut imaginer toutes actions ciblées, on ne va pas tout déballer ici. Mais je pense que la question de fond reste la question libyenne.

JPE : Est-ce que vous reconnaissez que l’Europe  malgré les efforts qu’elle va faire, supplémentaires, n’est pas en mesure d’accueillir tous les  migrants, tous les réfugiés, tous les « damnés » de la mer ?

DSN : Elle ne peut pas tout faire, c’est vrai, mais des mesures devraient  quand même être prises pour que les migrants, il y en aura certainement  toujours, qu’ils  aient un traitement humain.

JPE : L’Europe, elle ne peut pas accueillir tout le monde, l’Europe, elle fait ce qu’elle peut. On va voir jeudi si elle peut aller plus loin. Est-ce que ce matin, vous  demandez qu’il y ait des Africainslorsqu’il y a  des sommets sur l’Afrique ? DSN : Mais bien sûr, il ne peut pas  y avoir des solutions aux problèmes africains sans les Africains qui sont concernés. Et ils doivent donner leur  point de vue. JPE : Est-ce que  vous pouvez proposer un sommet des chefs d’États sur les problèmes des flux migratoires de l’Afrique vers l’Europe ?

DSN : Compte tenu de la gravité, je ne pourrai suggérer  que le conseil de paix  et de sécurité de l’UA se tienne au niveau le plus élevé pour aborder ce sujet.

JPE : Il y a une urgence qui est humanitaire, et vous avez à lutter tous contre le territoire chez vos voisins, Boko Haram liée à Daech, c’est un ennemi présent pour vos présidents Sassou Nguesso ?

DSN : Bien sûr, la menace  est grave. Et l’UA a déjà décidé de  la mise en place d’une force multinationale pour s’attaquer à Boko Haram. Et ses forces sont déjà sur le terrain.

JPE : Est-ce que vous soutenez l’action de la France qui défend  l’Afrique et son propre territoire… ?

DSN : Il s’agit d’actions conjointes que ce soit au Mali, au Nigeria, en RCA. Nous sommes rangés contre un ennemi commun : le terrorisme. Qui ne connaît pas de frontière.

JPE : Président Sassou, vous avez parlé d’économie et d’humanitaire. Il y a une grande partie de l’Afrique qui est dans l’obscurité. Il y a le plan de Jean-Louis Borlo qui prévoit de lui fournir de l’électricité. Et qu’avec de l’électricité viendra l’école, l’usine, la formation et l’emploi, qui maintiendront les Africains en Afrique.  Est- ce que vous croyez au pari de Jean-Louis Borlo ?

DSN : Oui, je crois à ce pari, et je le lui ai déjà dit. Le problème de l’électrification  comme celui des autres  infrastructures de base, je crois que la résolution de ce problème devrait donner une chance à l’Afrique. Et c’est pour cela que je parle de développement de l’Afrique. Et l’Europe devrait, à mon avis, soutenir l’Afrique dans ses efforts de développement. Ce qui permettrait à un nombre important de jeunes de rester sur le continent au lieu d’aller en aventure, comme on le voit en méditerranée.

JPE : C’est un plan Borlo à moyen terme, il reste les urgences dont vous parler, est-ce que vous sentez qu’à propos de la migration il y va bien sûr de la réputation de l’Europe, mais aussi de la réputation de l’Afrique ?

DSN : La réputation de l’Afrique, c’est vrai, mais il y a quand même des faiblesses de développement en Afrique qui font que des jeunes africains voient des mirages dans les pays développés et se lancent en aventure. A ce moment-là, je pense que l’Europe devrait  surtout prendre la mesure de cette situation grave et se mettre au côté de l’Afrique pour voir comment ensemble nous pourrions  surmonter ces difficultés.

Propos recueillis par Jean Pierre  Elkabach, décryptage Toukasse Valence & Michèle Sylvère Délévoye elkabach

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