Jeune Afrique juge insoutenable la victoire de Sassou…

 Dans une tribune qu’il a récemment publiée, le fondateur de  l’hebdo du 57 bis Rue d’Auteuil,  critique la montée des hold up qui s’opèrent désormais sur le continent africains au travers l’organisation d’élections où les présidents au pouvoir gagnent à tous les coups. Comme au Congo- Brazzaville. Lequel ne fait pas partie, selon le patron de JA, de ces pays d’exception où  les élections se tiennent à la date prévue, où le gagnant n’abuse pas de sa victoire,  où le perdant admet sa défaite et où les observateurs, nationaux ou étrangers, valident le scrutin. Lisez plutôt !

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Une maladie africaine

Nous avons cru que la majorité des pays africains étaient en route pour la démocratie et que, dans cette voie, ils cheminaient d’un bon pas et enregistraient des progrès réels. Il nous faut déchanter.

Dans la plupart des pays de l’Union africaine (UA) – ils sont plus de cinquante ! -, on a renoncé au coup d’État pour accéder au pouvoir. Et l’on a opté pour les urnes.

Il ne se passe pas de mois sans qu’un pays ou l’autre organise chez lui des élections législatives ou présidentielle.

Il arrive même, comme en ce mois de mars, qu’il y ait simultanément plusieurs scrutins. Tout se passe comme si l’Afrique tout entière avait adhéré à cette formule magique : le pouvoir par les urnes.

Mais les élections africaines sont-elles transparentes et pluralistes ? Sont-elles propres et honnêtes ? Leurs résultats désignent-ils ceux que les électeurs ont voulus et rejettent-ils ceux qu’ils ont écartés ?

De moins en moins, parce que dans la majorité des pays, ces élections sont marquées par des irrégularités, et qu’au lieu de s’atténuer au fil des années le phénomène s’aggrave, tend à devenir la règle.

On s’adonne à la triche et au truquage à tous les stades : lors de l’établissement des listes, au moment du vote, et après, lors du dépouillement : l’emporte celui qui triche mieux que son ou ses concurrents.

S’il n’est pas porté remède à cette dégradation, l’Afrique et les Africains seront la risée du monde, et l’on en viendra à parler « d’élections à l’africaine ».

Des élections honnêtes et régulières ne suffisent pas à garantir qu’un régime soit démocratique. Mais elles sont le fondement de la démocratie et si ce fondement n’est pas là, s’il n’est pas solide, aucune construction démocratique n’est possible.

Deux catégories de politiciens sont responsables de cette maladie africaine :

1) Tout d’abord, et principalement, ceux qui sont déjà au pouvoir et s’y accrochent. Ils y tiennent plus qu’à la prunelle de leurs yeux et ne se voient pas sans ce pouvoir devenu pour eux une seconde nature.

Leurs proches et leurs entourages leur ont fait croire que, sans eux, le pays sombrerait dans le chaos.

Une éventuelle alternance est leur hantise : il convient donc de la conjurer, coûte que coûte.

2) Viennent ensuite ceux qui aspirent à les remplacer et s’en croient capables. Pour avoir une chance d’y parvenir, ils s’adonnent, eux aussi et tout autant, aux délices et au poison du truquage des élections.

Ils se font ainsi les complices de ceux à qui l’exercice du pouvoir donne infiniment plus de moyens dont ils usent et abusent.

Les uns et les autres ne pourraient pas continuer à polluer la politique de cette manière si l’opinion africaine tolérait moins de tels agissements ou, mieux, les rejetait et disqualifiait leurs auteurs.

Cette mansuétude à l’endroit des tricheurs les encourage à persévérer.

Fort heureusement pour la réputation de notre continent et pour l’avenir à long terme de la démocratie en Afrique, quelques pays, trop rares à mon goût, ont des dirigeants politiques qui respectent la Constitution, remettent leur mandat en jeu sans craindre l’alternance.

On reconnaît ces pays d’exception à des critères simples : les élections s’y tiennent à la date prévue, le gagnant n’abuse pas de sa victoire, le perdant admet sa défaite et les observateurs, nationaux ou étrangers, valident le scrutin.

Si l’on met de côté le Maroc, qui est une monarchie et, malheureusement, ne fait pas partie de l’UA*, on trouve dans ce palmarès les pays suivants : Afrique du Sud, Benin, Botswana, Burkina Faso, Cap-Vert, Centrafrique (depuis 2016), Côte d’Ivoire (depuis octobre 2015), Ghana, Guinée-Bissau, Mali, Maurice, Namibie, Nigeria, São Tomé, Sénégal, Tunisie, Zambie.

Une quinzaine de pays, grands, moyens ou petits et qui rassemblent moins de la moitié de la population du continent.

Béchir Ben Yhamed

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